Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 11:58
Sept années d'études supérieures et me voilà fin prête à me jeter dans le monde du travail. De beaux diplômes universitaires, une certaine expérience dans plusieurs secteurs d'activités, des stages, des stages, des stages...  Après de longs mois pendant lesquels j'ai offert ma force de travail à des employeurs (un stage c'est ni plus  ni moins que ça: offrir son travail, tout sourire, à un employeur- maître de stage, qui n'a pas besoins de vous rémunérer..), c'est enfin l'heure du bilan pré-emploi.

Riche de ma petite expérience dans le monde professionnel, un premier constat s'impose: les offres de stage foisonnent, mais les contrats de travail sont rares. D'ailleurs, les postes de stagiaires sont désormais bien établis dans les services des entreprises. Quel stagiaire n'a pas été chargé en fin de mission de former son digne successeur? C'est la gratification suprême pour le stagiaire: il faut apprendre à s'en vanter. Et oui, si votre "employeur" vous a laissé la responsabilité d'expliquer le poste, ses missions, à une nouvelle recrue, c'est ni plus ni moins parce que vous étiez efficace, que vous aviez compris et excellé dans votre tâche!

Quelle belle reconnaissance! Non, la promesse d'embauche vantée lors de l'entretien de stage n'a pas été honorée.  Mais que diable, pourquoi en demander tant? C'est la crise... et avec le prix du pétrole aujourd'hui, il faut comprendre le maître de stage qui vous annonce que votre gratification mensuelle de 398,13 euros va être revue à la baisse! Le pétrole!  Mais c'est bien sûr! Alors pourquoi mon banquier ne veut-il rien entendre? C'est la crise, et surtout sur mon compte courant!

Premier point positif, donc: suffisamment compétente pour former une stagiaire. Un stage réussi avec succès!

Deuxième point positif: pouvoir vivre sous le sueil de pauvreté et rester efficace au travail. Quiconque a été stagiaire sait que les allocations logements et la gratification de fin de stage ne remplissent pas un réfrigirateur! Alors comment fait le jeune diplômé pour vivre? Question pertinente. La réponse est pourtant simple, même si on peut en avoir honte: un repas par jour, c'est forcément moins cher que trois repas! La logique s'impose: un repas toutes les 24 heures, ça veut dire tenir toute la journée sans manger. Mais qu'il est bête ce jeune! Il faut se forcer à manger, c'est pas bon pour la santé "la diette de l'étudiant fauché".

Le deuxième point positif du jeune diplômé ayant effectué des stages, c'est qu'il peut travailler même au bord de l'épuisement! C'est la beauté de la jeunesse. Enfin, avec la sélection naturelle, il est possible que certains renoncent à ce mode de vie. C'est la loi du plus fort dans l'univers des stages! Youpi, mon frigo est vide, mais pour oublier la faim, je fais des heures sup' gratuitement.

Troisième point positif: le jeune a compris lors de ses stages que la ô combien récurrente notion de "formation" par le futur employeur, n'a d'importance que dans la rhétorique du recruteur et de la presse économique. Un bon stagiaire a remarqué que formation signifie "t'as trois heures pour regarder comment on fonctionne, cette après-midi tu commences". Mon dernier stage, j'ai été productive a peine posée sur mon siège, peut être pas à 100%, mais la formation a été vite expédiée!

Et puis finalement, le jeune diplômé de l'université française peut être fière d'une expérience, propre à sa formation... Il a su comprendre un système obscur noyé dans une administration embourbée dans l'incompétence et dont le maître mot est "bureaucratie". Ne serait-ce que pour s'inscrire en cours, il faut parfois passer plusieurs jours entre deux ou trois bureaux, rester aimable (sinon le bureau ferme) et remplir en plusieurs exemplaires le même document... apporter tous les jours des photocopies de papiers divers et variés... et recommencer, recommencer, juste pour avoir la certitude que si vous n'êtes toujours pas sur les listes d'enseignements, et donc d'examens, au moins, on se souviendra de vous dans un des bureaux.... Ce conseil est d'autant plus vrai lorsque l'étudiant suit deux cursus en même temps.
Alors oui, la fa est pauvre, elle manque de moyens, l'enseignement est dépassé... Tout le monde a lu un papier dans un hebdomadaire qui réussit à montrer que les écoles privées, payantes et qui envoient des communiqués de presse à ces journaux (tsss, c'est mauvaise langue!) sont tellement plus mieux que la plus moins pires des universités françaises! Diantre: les moyens d'une école légitiment légitimement la qualité de la formation. Mais quelle formation? Une formation intellectuelle est-elle dépendante du matériel et des locaux accueillant ladite formation? Ou est-elle liée aux professeurs qui forment? Et puis d'ailleurs, un professionnel qui dispense sa sagesse dans les écoles et universités est-il nécessairement un bon professeur? Quel intérêt a-t-il a mettre des mauvaises notes aux partiels et examens, si c'est pour être obligé de revenir pendant les vacances pour la deuxième session?

La honte s'abat sur moi maintenant, car oui, je dois assumer mes diplômes de sciences humaines (ceux qui servent à rien sur le marché du travail, parce que les gens cultivés sont un fléau pour la société et les entreprises). Enfin, ces diplômes étaient suffisants pour trouver des stages dans un peu tous les domaines. Mais maintenant qu'ils arrivent dans la Vraie Vie... c'est autre chose.
Mais je reste confiante, s'il faut harceler les employeurs qui ne daignent pas répondre aux gentils petits courriers de candidature... Allons-y! C'est toujours drôle de fatiguer jusqu'à l'usure les recruteurs frustrés!

Monde du travail, me voilà!





Par marianne
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